Origine, Recommencement et Émergence de la Littérature Québécoise Rosa DE DIEGO MARTÍNEZ

Thélème. Revista Complutense de Estudios Franceses ISSN: 1139-9368
Vol 30, Núm. 1 (2015) 37-53 http://dx.doi.org/10.5209/rev_THEL.2015.v30.n1.45585
Origine, Recommencement et
Émergence de la Littérature Québécoise
Rosa DE DIEGO MARTÍNEZ
Universidad del País Vasco/Euskal Herriko Unibertsitatea
Departamento de Filología Francesa
rosa.dediego@ehu.es
Recibido: 10/06/2014
Aceptado: 05/11/2014
Résumé
L’article analyse l’émergence de la littérature francophone au Canada, sa formation et son évolution
dans trois grands moments de l’histoire littéraire de Québec : ses origines, avec les grandes lignes de
tous les différents textes qui fondent la vie littéraire de la Nouvelle France ; 1760, année de la défaite
qui marque la rupture des rapports avec la France et qui suppose un recommencement littéraire ; et la
Révolution tranquille, période où la littérature francophone canadienne devient proprement
québécoise. La question des origines, de l’orientation et de la transformation de la littérature française
au Québec est un projet littéraire inévitablement soumis à la question linguistique et à la définition
nationale.
Mots clés : Littérature Francophone du Canada, joual, Révolution tranquille, nationalisme, littérature
québécoise.
Origen, Nuevo comienzo y Emergencia de la Literatura de Quebec
Resumen
El artículo analiza la emergencia de la literatura francófona de Canadá, su formación y evolución, en
tres grandes momentos de la historia literaria de Quebec: sus orígenes, con las grandes líneas de los
diferentes textos que fundan la vida literaria de la Nueva Francia; 1760, fecha en la que la Nueva
Francia se convierte en una colonia inglesa, que supondrá un nuevo comienzo literario; y la
Revolución tranquila, periodo en el que la literatura francófona canadiense se hace propiamente
quebequense. La cuestión de los orígenes, de la orientación y de la transformación de la literatura
francesa en Quebec es un proyecto literario inevitablemente sometido a la cuestión lingüística y a la
definición nacional.
Palabras clave: Literatura Francófona de Canadá, joual, Revolución tranquila, nacionalismo,
literatura quebequense.
Origin, Resumption and Emergence of Quebecois Literature
Abstract
This article analyzes the emergence of francophone Canadian literature, its birth and evolution, in
three important moments in the literary history of Quebec: origins, approaching the founding texts of
Rosa de Diego Martínez Origine, Recommencement et Émergence…
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New France’s literary life; 1760, year in which New France becomes an English colony, originating a
new beginning; and the Quiet Revolution, period in which the francophone literature becomes strictly
Quebecois. The question of the origins, orientation and transformation of French literature in Quebec
is a literary project unavoidably subjected to the questions of language and national definition.
Key words: Francophone Literature in Canada, joual, Quiet Revolution, nationalism, Quebec
Literature.
Referencia normalizada
De Diego Martínez, R. (2015). « Origine, recommencement et émergence de la littérature québécoise ».
Thélème. Revista Complutense de Estudios Franceses, Vol. 30, Núm.1: 37-53.
http://dx.doi.org/10.5209/rev_THEL.2015.v30.n1.45585
Pour comprendre l’émergence de la littérature québécoise, la formation et
l’évolution de son imaginaire, on va aborder trois grands moments de l’histoire
littéraire du Canada français : ses origines, les grandes lignes de tous ces textes qui
fondent la vie littéraire de la Nouvelle France ; 1760, année de la défaite qui
marque la rupture des rapports avec la France et qui suppose un recommencement
littéraire, et la Révolution tranquille moment d’émergence de la littérature
québécoise.
Toute origine est un commencement, une première apparition qui explique un
fait nouveau. Il s’agit donc d’un moment inaugural, initial, qui signale l’ouverture
de la non-existence à l’existence. En Amérique du nord, le régime français
commence avec la période de la colonisation française, à partir des trois voyages de
Jacques Cartier (1534-1542) et la fondation du poste permanent de Québec en 1608
par Samuel Champlain. Jusqu’à la première moitié du XVIIIe siècle la colonie
développe un mode de vie qui lui assure la stabilité et le progrès. Les premiers
écrits de la Nouvelle France, très abondants, utilisent diverses formes, des récits de
voyage, des relations missionnaires, des histoires, des rapports administratifs de
fonctionnaires, des dictionnaires et des grammaires, des cartes, des écrits spirituels,
des lettres, des chroniques journalistiques. Il ne s’agit pas de textes de littérature
proprement dite, et en général et dans leur diversité et ambigüité (s’agit-il de
documents français ou de fictions canadiennes ?) tous veulent rendre compte de
l’expérience coloniale et missionnaire, des premières rencontres et découvertes dans
un environnement nouveau. On peut considérer de manière généreuse et ouverte ces
écrits fondateurs comme un point de départ, comme les origines littéraires qui
offrent en langue française des idées, des images et des documents précieux
(historiques, géographiques, botaniques, ethnologiques, cartographiques) pour la
connaissance des conditions de vie qui ont façonné l’imaginaire des Canadiens
français, une société américaine, à l’image du territoire métropolitain, mais en
même temps différente de la société française.
Dans ce sens on pourrait citer Les relations des voyages de Cartier et de
Champlain. Il s’agit tout d’abord des récits d’une aventure, avec de nombreux
documents qui apportent des renseignements sur l’histoire, l’ethnographie ou
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l’anthropologie. Ces premiers textes, entre l’aventure et l’inventaire, ont une
fonction instructive mais aussi distrayante, font la divulgation fidèle d’une
observation et d’un savoir, et aussi le récit subjectif d’une entreprise. Le répertoire
encyclopédique est ainsi modifié par un jeu intertextuel, par un discours manipulé et
rhétorique. Si ces textes sont des documents qui décrivent la découverte d’un
monde nouveau et l’évolution d’une nouvelle société métissée, ils sont aussi des
textes fictifs qui imaginent ce qu’on ne connaît pas. L’importance de ces écrits est
d’offrir des images et des représentations des origines idéologiques de la littérature
canadienne francophone.
Cette île est rangée de sablons et beaux fonds et possaige à l’entour d’elle à six et à sept brasses.
Cette dite île est la meilleure terre que nous ayons vue, car un arpent de celle-ci vaut mieux que
toute la Terre-Neuve. Nous la trouvâmes pleine de beaux arbres, prairies, champs de blé sauvage et
de pois en fleurs, aussi épais et aussi beaux que je vis oncques en Bretagne, qu’eux semblaient y
avoir été semés par laboureurs […] Cette île fut nommée l’île de Brion (Cartier, 1986 : 105).
Les Relations des jésuites et les lettres des religieuses, de valeur inégale, sont
aussi un témoignage religieux et ethnologique imposant qui se déroule sur un demisiècle.
Ce sont des textes considérés comme des documents précieux qui décrivent
la rencontre des deux mondes, le canadien et le français, leur mixité et leur
progressive contamination. Ces lettres permettent de voir surgir un monde nouveau
et de comprendre l’évolution des mentalités et de la société canadienne française,
une société marquée par l’égalité, par l’indépendance et par le goût de l’aventure.
Le nouvel imaginaire qui va se construire dans cette littérature est conditionné par
la présence du colon français, sa langue, sa religion, ses moeurs, dans un espace
immense, des proportions inouïes, parcouru par l’eau du Saint-Laurent, avec
l’influence déterminante d’un climat rigoureux, surtout l’hiver, et par les hommes
qui l’habitent, l’indien, le bon sauvage, le primitif.
Tu nous dis […] que nous sommes les plus misérables et les plus malheureux de tous les
hommes, vivant sans religion, sans civilité, sans honneur sans société […], comme des bêtes dans
nos bois et dans nos forêts, privés du pain, du vin et de mille autres douceurs que tu possèdes avec
excès en Europe. […] Apprends donc, mon frère, une fois pour toutes puisqu’il faut que je t’ouvre
mon coeur, qu’il n’y a pas de Sauvage qui ne s’estime infiniment plus heureux et plus puissant que
les Français (Leclerc, 1999 : 78-84).
Tous ces premiers textes de la Nouvelle France, écrits entre 1534 et 1760,
composent un ensemble cohérent et façonnent un imaginaire nationaliste et l’avenir
littéraire québécois. Même sans librairies, sans imprimerie, sans journaux, il y a une
dynamique littéraire considérée comme “l’activité d’un certain nombre de
personnes qui sont en rapport d’écriture les uns avec les autre” (Lemire, 1991 : 26).
Un groupe de religieux, agriculteurs, militaires, explorateurs ou administratifs,
venus de France, avaient essayé d’adapter leur imaginaire français à la réalité
américaine. Les récits de découvreurs ou explorateurs comme Cartier, Champlain,
Sagard ou Lahontan, les documents historiques de Charlevoix, les lettres des
missionnaires comme Jean de Brébeuf ou Paul Lejeune, ou des religieuses et
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éducatrices comme Marie Morin ou Marie Guyard, jettent les bases de ce qui va
devenir l’idéologie dominante dans le Canada francophone. La littérature trouve
encore difficilement sa voie, mais une certaine imagination européenne a
commencé déjà la construction d’une Amérique francophone mythique. Une
dimension fondamentale de cette littérature, qui deviendra dans l’évolution de notre
parcours ouvertement québécoise, se trouve déjà dans ce berceau : certaines idées
s’emparent de la pensée nationaliste, s’imposent à elle et trouvent un de leurs
espaces de développement les plus stables dans la création d’une culture et une
littérature nationales. Le littéraire est présent dans l’encyclopédique, de manière que
quand cet univers du réel est décrit littérairement il devient facilement mythique (de
Diego, 2002 : 279-287). Mais il faut comprendre que le modèle français est plus un
élément d’arrêt dans le développement d’une littérature originale qu’un substrat
positif pour la nouvelle culture.
Autour de 1760, date qui marque la rupture des rapports entre la France et le
Canada, on peut affirmer qu’en Amérique du nord, on assiste à une modification des
conditions sociales de l’écriture (en plus cette date coïncide avec l’avènement de la
première imprimerie, en 1764). La conquête constitue politiquement une rupture
dans le cours de l’histoire qui va bouleverser le destin national : rapports de
colonisateur au colonisé, répression d’une conscience et d’un discours, relation de
continuité et de rupture. Cette nouvelle et deuxième étape implique un
recommencement dans/de ce monde canadien français. L’évaluation des
conséquences de la conquête anglaise de 1760 constitue un enjeu sur lequel les
historiens sont encore divisés, mais en tout cas elles sont terribles : on passe de la
“libération” de l’impérialisme français à “l’écrasement” d’un peuple par un ennemi
étranger. Les analyses officielles des historiens, comme celle de Garneau, affirment
avec netteté qu’après la Conquête, la race canadienne, issue de la race française, est
un peuple homogène, patriotique et solidaire, et que pour éviter d’être réduits à
l’état de minorité, ils doivent rester “fidèles à eux-mêmes”, à leur langue, leur
religion, leurs traditions. Cette nouvelle génération canadienne cherchera à définir
son imaginaire apparemment libérée des héritages et des origines, sans avoir
comme référent obligatoire ou inévitable la France, l’Europe. Après les premiers
écrits de la Nouvelle France, qui ont déterminé la naissance d’une littérature
canadienne d’expression française, en 1760, succède une période de résistance, de
survivance, qui débouchera dans la quête d’une conscience e identité québécoises.
Dans cette deuxième étape, la littérature oscille entre la rupture et la continuité avec
la période précédente, entre un imaginaire populaire et un imaginaire savant, entre
l’adaptation et la soumission, entre l’écrit et l’oral. Le colon français au Canada,
après avoir été séduit par l’immensité du territoire, s’installe et s’identifie à un
espace et à une civilisation, mais sans se libérer complètement de ses origines. Un
nouveau Canada émerge, où le colon adapte et intègre son désir de perpétuer
fidèlement en Amérique la culture française à la nouvelle réalité immense et infinie.
Le roman de Léon-Paul Desrosiers, Les Opiniâtres, publié en 1841, explique
clairement cette situation schizophrénique des recommencements au Canada
francophone, où la tradition affronte la modernité. Il s’agit d’un court roman
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historique, retraçant la vie, les difficultés et les espoirs des premiers colons français
arrivés en Nouvelle-France. Les deux protagonistes, Pierre de Rencontre et son fils
représentent les deux attitudes contradictoires. À cette époque, la plus
problématique de toute l’histoire de la colonie, les guerres iroquoises avaient
dévasté leurs logements, mais la mère patrie, la France, avait d’autres
préoccupations (la Fronde, la guerre avec l’Espagne, etc.). Paul, le fils aîné, né au
Canada, sans rien connaître de la culture européenne, s’adapte immédiatement à la
nouvelle situation et se livre à un combat fécond. Il veut convaincre les autres d’en
faire autant, mais son père s’y refuse, car il affirme être venu non pas pour s’adapter
et adopter les moeurs des sauvages, mais pour les civiliser.
Après la défaite de 1760, les Canadiens cherchent un sens nouveau à leur
monde, où ils n’ont plus comme référent obligatoire la France européenne. La
France devient donc définitivement un pays étranger et les Canadiens devront
fonder par eux-mêmes leur identité, aussi bien sur le plan politique, qu’idéologique,
avec une interprétation de leur histoire mythifiée. Ils ont la conscience d’un
recommencement du monde en ce nouveau continent. S’il est évident qu’une
certaine fidélité à l’égard de la France a perduré pendant quelque temps, au
lendemain de la Conquête, les habitants du Québec ont trouvé dans la politique
anglaise des vertus que l’administration de la France ne possédait pas.
L’attachement aux traditions religieuses et agricoles cohabite avec une adhésion au
mode de fonctionnement politique anglais. La plupart des écrits reflètent le dialogue
entre l’ici et l’ailleurs, c’est-à-dire, le réaménagement du nouveau continent en
accord avec un imaginaire importé, hérité, transmis. S’il est accepté dans l’histoire
littéraire que le premier roman de la littérature canadienne-française est Le
chercheur de trésors ou l’Influence d’un livre de 1837, signé par Philippe Aubert de
Gaspé fils, et le premier recueil de poésie paraît en 1830, Satire, épîtres, chansons et
épigrammes de Michel Bibaud, dans cette période les genres littéraires sont encore
à l’état embryonnaire. Seul le conte (plus de 1.000 contes ont été publiés dans les
journaux ou les périodiques) a joui d’une étonnante popularité tout au long du XIX
siècle (Anoll, 2001 : 107-115). Les raisons de ce succès résident dans son
adaptation par sa longueur à une société peu scolarisée et dans sa considération
comme un divertissement sain qui échappait facilement au control du clergé.
Évidemment le récit bref, toujours fidèle à la morale catholique, est exemplaire et
constitue un témoignage de la richesse de l’imaginaire et de la tradition orale. Peu à
peu le Canada français dessine une culture et une littérature nationales, teintées de
folklore et de romantisme, dont la structure imaginaire va continuer avec une
tradition esquissée dans ses débuts et jusqu’à l’émergence de la littérature
québécoise contemporaine, troisième et définitive étape de cette analyse.
Le colon français est, peu à peu, plus américain qu’européen, et il lutte pour
survivre en français en terre américaine. La littérature exprime le combat
patriotique, conservateur, nationaliste, une idéologie de survivance dont
l’imaginaire est catholique, rural et francophone. Ce nationalisme singulier va
conjuguer un instinct politique, l’omniprésence religieuse et la différence
linguistique, et va se refugier absolument dans l’argument culturel. Dans ce sens
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c’est extrêmement illustratif le roman du terroir, qui projette un idéal de continuité
et une idéologie de résistance aux forces du progrès : dans ses trois variantes, le
roman de la terre paternelle, l’agriculturaliste et le colonisateur, le genre du terroir
raconte avec réalisme et, en même temps avec une forte dose d’idéalisme,
l’installation des premiers colons et leur désir de perpétuer la race canadiennefrançaise
:
Il faut rester dans la province où nos pères sont restés, et vivre comme ils ont vécu, pour obéir
au commandement inexprimé qui s’est formé dans leurs coeurs, qui a passé dans les nôtres et que
nous devrons transmettre à notre tour à de nombreux enfants : Au pays du Québec, rien ne doit
mourir et rien ne doit changer (Hémon, 1990 :194).
Toute la littérature du XIX siècle, le conte, le roman ou la poésie des auteurs
comme Crémazie ou Nelligan, s’inscrit dans un courant esthétique du terroirisme
qui soutient une propagande idéologique en faveur de la colonisation, de la tradition
et du nationalisme. Dans ces écrits de fidélité, ainsi qu’on les a appelés aussi, la
terre, espace mythique du bonheur et de richesse, est idéalisée : on vante leurs
beautés, sans aborder les misères et les privations que les colons doivent s’imposer.
Le terroir, fortement manichéen et idéologisé, mythifie la vie des champs et
condamne la vie urbaine comme espace de malheur. La seule mission est de
conserver intactes la langue, la religion et travailler la terre des ancêtres : Restons
chez-nous !, proclame un autre écrivain du terroir, Damase Potvin (Fernández,
2001 : 44-51 ; De Diego, 2002 : 296-301). Le Québec français a préféré sa langue et
sa foi, en préservant la tradition, aux bénéfices apportés par les forces du progrès.
Patrice Lacombe décrit la vie de l’habitant canadien selon un modèle de perfection :
“La paix, l’union, l’abondance régnaient donc dans cette famille ; aucun souci ne
venait en altérer le bonheur. Contents de cultiver en paix le champ que leurs
ancêtres avaient arrosé de leurs sueurs, ils coulaient des jours tranquille et sereins”
(Lacombe, 1981 : 20).
La littérature de cette période favorise l’idéologie conservatrice et le
nationalisme en soulignant le caractère distinct de la culture canadienne-française
par rapport à celle de la France. L’historien François-Xavier Garneau, dans le
“Discours préliminaire” de son Histoire affirme que les Canadiens étaient peu
nombreux pour pouvoir ouvrir une voie nouvelle aux autres sociétés ou se mettre à
la tête d’un mouvement à l’échelle mondiale. Pour lui le problème se trouve dans le
fait que le peuple canadien français est trop resserré en lui-même, avec une
inflexible obsession de conserver la religion, la langue et la terre. C’est aussi le
raisonnement par lequel plusieurs auteurs, comme Robert Charbonneau, considèrent
qu’il faudrait se séparer de la mère patrie, de la France, pour définir un
canadianisme, une personnalité canadienne. Son livre La France et nous est, dans
ce sens, illustrateur d’un changement par rapport au terroirisme, car il aspire à “des
oeuvres intégralement canadiennes mais d’une portée universelle” (Charbonneau,
1993 : 22, 23), tout en acceptant être profondément attachés à “la France historique”
et “a la culture française” (Charbonneau, 1993 : 66). L’auteur propose un
changement dans cette histoire de la littérature canadienne-française : ni
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entièrement française ni absolument américaine. Ses considérations rejoignent
celles d’Octave Crémazie dans sa fameuse lettre de 1867 dirigée à son ami et
éditeur, l’abbé Casgrain, où il analyse avec réalisme et pessimisme aussi la
littérature canadienne française, assise entre un espace américain et un temps
européen, et il envisage la possibilité qu’elle soit universelle, reconnue partout dans
le monde, malgré sa fidélité à la langue et à la quête d’identité :
Plus je réfléchis sur les destinées de la littérature canadienne, moins je lui trouve de chances de
laisser une trace dans l’histoire. Ce qui manque au Canada, c’est d’avoir une langue à lui. […]
Je le répète : si nous parlions huron ou iroquois, les travaux de nos écrivains attireraient
l’attention du vieux monde. Cette langue mâle et nerveuse, née dans les forêts de l’Amérique,
aurait cette poésie du cru qui fait les délices de l’étranger. On se pâmerait devant un roman ou un
poème traduit de l’iroquois, tandis que l’on ne prend pas la peine de lire un volume écrit en
français par un colon de Québec ou de Montréal. Depuis vingt ans, on publie chaque année, en
France, des traductions de romans russes, scandinaves, roumains. Supposez ces mêmes livres
écrits en français par l’auteur, ils ne trouveront pas cinquante lecteurs. […]
Il en doit être ainsi de l’écrivain canadien. Renonçant sans regrets aux beaux rêves d’une gloire
retentissante, il doit se regarder comme amplement récompensé de ses travaux s’il peut instruire et
charmer ses compatriotes, s’il peut contribuer à la conservation, sur la jeune terre d’Amérique, de
la vieille nationalité française (Crémazie, 1976 : 90, 91, 92).
Et dans cette polémique, au début du XIX siècle, monseigneur Camille Roy
publie deux textes très importants pour soutenir ce nationalisme littéraire, Essais
sur la littérature canadienne-française et Manuel d’histoire de la littérature
canadienne de langue française. Il demande aux écrivains canadiens de privilégier
la rhétorique du terroir et de faire l’apologie des valeurs qui s’y rattachent :
l’agriculture, la langue française et la foi catholique. Il prône une nationalisation de
la littérature canadienne, c’est-à-dire, traiter les sujets canadiens de manière
canadienne. Dans ce sens le protagoniste du roman L’appel de la race de Lionel
Groulx affirme : “Nous ne valons ici-bas qu’en fonction d’une tradition et d’une
continuité” (Groulx, 1956 : 24).
Dans ce contexte, la grande dépression, la crise économique, l’industrialisation
et l’urbanisme provoquent une émigration massive vers les milieux urbains. Le
monolithisme de la société se brise et apparaissent les premières fissures entre le
monde rural et l’urbain et entre les classes sociales. La ville va tarder à prendre une
place importante dans les textes littéraires. Au début elle reste un simple décor, le
lieu de déchéance, d’oppression et de malheur qu’elle a toujours représenté dans le
roman du terroir. Mais la vision nostalgique de la vie sur la terre va subir une
transformation idéologique et imaginaire et la ville déconstruit la vision terroiriste.
La ville, notamment Montréal et Québec, deviennent plus qu’une atmosphère et
comme dans les autres littératures, accèdent au statut de personnage littéraire.
Bonheur d’occasion de Gabrielle Roy est sans doute le roman fondateur dans
l’histoire du roman urbain parce qu’il fixe les éléments de l’imaginaire de la ville
(De Diego, 1997 : 153-170). Un imaginaire qui décrit avec un réalisme tragique une
société hétérogène et en plein bouleversement, à travers ce personnage-type qui va
de la campagne à la ville. C’est la représentation textuelle de la révolution littéraire
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qui se produit dans les années quarante et qui précède la Révolution tranquille des
années soixante. La littérature exprime la nécessité d’un changement dans tous les
plans.
Mais que cette ville l’appelait maintenant à travers Jean Levesque. À travers cet inconnu, que les
lumières lui paraissaient brillantes, la foule gaie, […]. Jamais elle n’avait rencontré dans sa vie un
être qui portât sur lui de tels signes de succès. Il pouvait bien, ce garçon, n’être qu’un mécanicien
en ce moment, mais déjà elle ne doutait pas plus de sa réussite dans l’avenir, dans un avenir très
rapproché même, que de la justesse de l’instinct qui lui conseillait de s’en faire un allié (Roy,
1993 : 37).
À travers ce parcours rapide on a pu entrevoir quelques images et
représentations récurrentes qui constituent les fondements de la littérature
québécoise, son ascendance canadienne-française, dont les signes trouvent leur
formulation dans ces textes (et autres) et dont l’ensemble forme une sorte de
structure, d’idéologie monologique. Le sentiment patriotique, le souvenir idéalisé
de l’Amérique française et l’identité québécoise, sont les piliers qui justifient la
naissance et l’appropriation d’une littérature, d’une tradition littéraire. Le texte
québécois va surgir, émerger, à partir de la découverte d’un pays, puis de sa
dissolution dans la Conquête, dans une tradition, à travers les fissures des vieux
textes des origines canadiennes francophones : “l’avenir, le présent même ne se
possèdent, ne s’inventent, que sur la base solide d’une continuité, d’une tradition”
(Vachon, 1968 : 250). Selon cette logique, le terme québécois remplacera
progressivement et de manière indéniable celui de canadien-français, comme
évolution, transformation et émergence littéraires à partir des années 60.
J’appelle écriture l’acte par lequel un homme tente, la plume à la main, une aventure dont il ne
peut sortir victorieux ; pose et tente de résoudre une question insoluble –question de vie ou de
mort– qu’il ne peut pas ne pas poser. C’est la somme des écrits nécessaires d’un homme, d’une
nation.
J’appelle écriture canadienne, la somme des textes réalisés sous l’Ancien Régime, qui tentent de
conjurer, en français, l’improbabilité d’une installation humaine, en Amérique septentrionale…
J’appelle écriture québécoise les textes qui, depuis plus d’un siècle se nourrissent, et naissent,
d’un doute réel quant à la possibilité d’une installation française en Amérique britannique du Nord.
Ce sont les seuls vivants (Vachon : 1973 : 194 ; l’italique est de moi).
Dans cette complexe et âpre réussite d’une connaissance lucide de la réalité
spécifique québécoise, deux concepts s’imposent : “conscience ” et “aliénation”. La
prise de conscience d’une réalité aliénée par l’homme québécois est indispensable
dans ce processus vers la modernité qui va marquer l’évolution de cette littérature.
Le slogan des libéraux de Lévesque clame en 1960: “Il faut que ça change”. Pour
comprendre ce projet transformationnel radical de la société canadienne, entre le
renouement avec quelques traditions et le reniement, il faudra aborder la tranquillité
d’une révolution.
La Révolution tranquille éclate sous la pression d’un peuplé exclu de sa propre
histoire. L’ancienne structure rurale révolue, des réformes politiques, sociales,
administratives, économiques étaient devenues nécessaires et inévitables, voire
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urgentes. Tout se met à changer : du Gouvernement aux syndicats, de l’Église à
l’enseignement. Le mouvement laïc est largement appuyé par les intellectuels, les
créateurs, les communicateurs. L’industrialisation et l’urbanisation ont rendu les
syndicats indispensables. Les mouvements indépendantistes et féministes
réussissent d’importantes conquêtes. L’enseignement laïc est une des réformes les
plus spectaculaires : “qui s’instruit, s’enrichit”. L’économie se modernise, la
technologie se renouvelle. La langue et la culture constituent l’instrument du
nationalisme québécois. Le Québec a conscience d’être une société bien définie,
différente de celle du Canada anglais, et il entre en conflit avec le fédéralisme
canadien. C’est l’heure des nationalisations et des réformes. Toutes les
transformations sociales, familiales et religieuses entrainées par la Révolution
tranquille accélèrent la mutation du référent et l’affirmation d’une identité nationale
et culturelle: Canadien, Canadien-français, Canadien de langue française,
Québécois. Désormais on ne se dit plus Canadien français mais Québécois. Ce
projet québécois, connu partout dans le monde, sert à définir les fondements de la
littérature québécoise. Une littérature qui est une réécriture du passé, mais qui
apparaît en même temps sous le signe de la rupture exigée par une idéologie de
transformation et d’évolution : contre la religion, elle se définie laïque, contre la
langue normative du colonisateur, elle utilisera le joual. Son effervescence est sans
précédent et dans tous les genres, essai, poésie, roman, théâtre. Même la création
des revues aura une influence déterminante dans son évolution. Tous les
protagonistes coïncident dans la dénonciation de l’oppression et l’aliénation d’un
peuple. La modernité québécoise est le résultat de cette Révolution qui devra, tout
d’abord et avec urgence, résoudre une problématique linguistique. On a substitué la
langue à la croyance catholique comme nouveau ciment de la nation, et elle se
transforme en l’assise principale d’un projet politique devant mener le Québec à la
création d’un État souverain : les Canadiens francophones sont devenus Québécois.
Lise Gauvin analyse très bien la question :
Littérature d’Amérique, la littérature québécoise est, depuis ses débuts, marquée par le double
enjeu que constitue son développement en français. Enjeu politique d’abord, car le sort d’une
littérature est inextricablement lié à celui de la collectivité et de la langue dont elle procède. Si tout
écrivain a jusqu’à un certain point mandat à la fois de défendre et de transformer la langue,
l’écrivain québécois se trouve dans la situation inconfortable d’avoir à recommencer constamment
un combat pour que le français demeure chez lui la langue de l’État, de la culture et des
communications. Enjeu esthétique également. Que signifie écrire en français ? Toute la littérature
québécoise est traversée et hantée par une sorte de surconscience linguistique qui a provoqué, au
cours des époques, les stratégies textuelles les plus diverses. Mais cette surconscience est aussi une
conscience de la langue comme d’un laboratoire de possibles, d’un matériau dont les données sont
en constante mutation. Le français pluriel maintenant revendiqué et pratiqué par les écrivains de la
francophonie conduit à repenser les notions de norme et d’écart et à revoir le dialogue du centre et
de la périphérie (Gauvin, 1998 : 32-33).
Surconscience, c’est-à-dire une conscience assidue, récurrente de la langue
comme un espace de création et de réflexion, comme une sorte d’atelier de
potentialités. L’écrivain francophone et québécois est obligé de penser, de repenser
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la langue. La surconscience implique une position d’inconfort dans la langue et cela
entraine une possibilité féconde de production réflexive et rénovatrice dans un sens,
mais aussi d’éloignement d’un modèle linguistique imposé où l’on vit dans le
complexe. Cette question a été posée par plusieurs auteurs tout au long de
l’histoire littéraire du Canada français, comme Crémazie, que nous avons déjà
écouté définir la littérature canadienne comme une littérature marginale de la langue
française : “ce qui manque au Canada c’est d’avoir une langue à lui….” (Crémazie,
1976 : 91). La langue y a toujours été un sujet omniprésent, fondamental dans la
transformation et l’émergence de la littérature au Québec. Il faut couper le cordon
ombilical et définir une légitimité linguistique face à la langue française, fictive, de
la littérature-mère, et en même temps, réussir un projet de littérature nationale
propre, qui exigerait également une langue propre. La question linguistique est le
catalyseur d’une identité, d’une autonomie et d’une littérature. Et dans ce sens Lise
Gavin propose la dénomination de cette littérature française de Canada comme
littérature de l’intranquillité (Gauvin, 2004 : 259), puisque l’utilisation linguistique
de l’écrivain francophone est un emploi équivoque, de soupçon et de douleur. De
toute évidence il y a un engagement de l’écrivain dans la langue, un langagement
(Gauvin, 2000).
À ce propos il faut souligner, entre autres, le rôle joué par la revue Liberté, où
plusieurs écrivains ont dénoncé la fatigue culturelle et la situation d’infériorité des
Canadiens français, ainsi que leur langue humiliée. Également dans les pages de la
revue Partis pris, une revue laïque, socialiste et indépendantiste, on propose une
nouvelle dénomination de la littérature canadienne écrite en langue française :
littérature québécoise. On remet en cause la fonction esthétique de la littérature et
on méprise le conflit sur s’il faut écrire en canayen ou en français (de France) : les
écrivains de Parti pris invitent à utiliser le joual dans la littérature avec une
intention contestatrice, engageante et provocatrice. Le joual, un mot que le Frère
Untel avait popularisé, est la langue populaire de certains quartiers urbains, surtout
montréalais, une langue qui reflète une infériorité (économique, sociale, culturelle),
qui est le symptôme d’une aliénation et l’expression d’un défi à la norme française:
Nous refusons de devenir de beaux eunuques protégés de la peste ; les derniers Français d’une
“province of Québec” composée d’une part de Canadiens anglais et d’autre part d’ex-Canadiens
français anglicisés. Nous refusons d’être les Français de service ; une couronne française sur une
tête jouale. Nous refusons de servir à maquiller par notre beau langage le langage pourri de notre
peuple (Godin, 1965 : 57).
Cette revue, à travers Laurent Girouard, définissait le joual comme une forme
linguistique orale, née de l’absence d’une langue nationale, mais aussi par la
cohabitation et la domination d’une langue étrangère. Le joual entre en littérature
par la scène théâtrale. Michel Tremblay justifiait l’audace d’écrire en joual sa pièce
Les Belles-Soeurs par souci d’exactitude, de réalisme, de vraisemblance, car il
affirme ne pas vouloir tricher, mais faire parler ses personnages avec les expressions
qu’ils utilisaient dans leur vie tous les jours (Gauvin, 1993 : 337). Les Québécois
redécouvrent et apprennent à aimer cette langue trop souvent ignorée, méprisée,
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regardée de haut, de loin. Écouter le joual sur la scène d’un théâtre, lieu de haute
culture, signifie se libérer de complexes et trouver sa place dans le monde littéraire.
Moé, y’a rien au monde que j’aime plus que le bingo! Presque tous les mois, on en prépare un
dans’paroisse! J’me prépare deux jours d’avance, chus t’énarvée, j’pense rien qu’à ça… Moé, y’a
rien au monde que j’aime plus que le bingo!…Là c’est ben simple, j’viens folle! Mon Dieu, que
c’est donc excitant, c’affaire-là!… Moé, y’a rien au monde que j’aime plus que le bingo!…Y faut
que je gagne! Y faut que je gagne! Y faut que je gagne! (Tremblay, 1993 : 59-60).
Cependant le joual écrit dans les pièces de Tremblay est modifié, maîtrisé,
recomposé, par le rythme, la syntaxe, l’accumulation. Il devient littéraire (De
Diego, 2002 : 70-86). Lise Gauvin a montré les processus de littérarisation du joual
dans les Belles-Soeurs à travers “une écriture de l’oralité qui s’effectue par un
transcodage complexe” (Gauvin, 1993 : 344). Ce n’est pas la quête d’un simple
effet du réel, mais la recherche d’une langue et d’une identité propres, québécoises,
d’un effet joual “L’effet Tremblay est un effet complexe, fortement appuyé sur un
système de représentations, dans l’écrit, de l’oralité des langages sociaux, mais un
système plus voisin du traitement poétique que de l’imitation dite réaliste” (Gauvin,
1993 : 357). Avec Les Belles-Soeurs de Michel Tremblay le joual est devenu
littérairement légitime : défi, défense et définition d’une spécificité, d’une langue
québécoise. Dans les pièces de théâtre suivantes, comme Albertine en cinq temps
(1984) ou Le Vrai Monde ? (1987), et dans le cycle romanesque postérieur (“Les
Chroniques du Plateau Mont-Royal”), une fois la langue standardisée, légitimée,
Tremblay atténue sa radicalisation et ses effets de contraste et de provocation,
causés par l’accumulation des particularismes (De Diego, 2002 : 123-128). Mais
Tremblay n’est pas le seul acteur dans cet enjeu. Entre autres, on peut citer par
exemple Jacques Godbout, essayiste et romancier, qui n’a cessé de réfléchir à la
question de la langue et à ce propos il déclare dans la revue Liberté :
Tout ce que les écrivains québécois tentent, avec plus ou moins d’habileté, de dire aux écrivains
français d’Europe, c’est que la langue française littéraire est trop polie, trop cultivée, trop usée,
trop étiolée, trop instruite, trop codifiée, trop propriété privée, trop correcte pour l’usage que nous
voulons en faire. Nous avons besoin, pour entrer dans l’histoire et violer l’espace/temps américain,
d’un français plus souple et plus fou et plus utile que le leur, nous avons besoin d’un français
sauvage, le Québécois, pour nous civiliser (Godbout, 1974 : 33).
La littérature québécoise est le miroir de l’évolution de la destinée du Québec.
Les lettres acquièrent un niveau d’autonomie à travers la question de la langue. Le
joual est outil de résistance et d’affirmation d’une parole de plus en plus autonome,
conforme à la réalité historique et particulière de Québec. Il témoigne d’une
authentique entrée cohérente du réel dans le langage, servant ainsi à justifier
historiquement une québécitude. Dans ce sens, dans les romans de Réjean
Ducharme la langue occupe aussi une place d’exception : c’est le sujet de réflexion,
d’imagination et de fiction (De Diego, 2010 : 164). “En bérénicien, le verbe être ne
se conjugue pas sans le verbe avoir” (Ducharme, 1966 : 21). L’écriture est une
aventure langagière, une recréation, une performance à partir d’autres textes. Le
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lexique présente sans doute une grande richesse et variété, par exemple à travers les
onomatopées qu’il a lui-même créées: “Dondondondaine” (Ducharme, 1966 : 129).
Le texte de Ducharme est parsemé de québécismes comme “à mort” : “mystérieux
à mort […] gourmé à mort” (Ducharme, 1966 : 152). Il présente également des
mots et expressions anglais, sinon des phrases entières : “Je ne serai la girl-friend
d’aucun garçon, et aucun garçon ne sera mon boy-friend” (Ducharme, 1966 : 237).
L’auteur se plaît à semer quelques mots et expressions d’autres langues étrangères,
comme l’espagnol : “Adiós amigo” (Ducharme, 1966 : 267), l’allemand : “Off vie
dher Zen!” (Ducharme, 1966 : 267), le portugais : “Mamaninha” (Ducharme, 1966 :
310) ou le latin : “Chamomor est guérie. […] elle peut recommencer à se nourrir
“sub utraque specie”” (Ducharme, 1966 : 310). Ce travail incessant avec la langue,
cette poétique interdiscursive, entre collages, pastiches et recyclages, brouille le
sens, mais sans pourtant exclure l’aspect référentiel du texte. La création
ducharmienne est surtout une réflexion sur l’écriture elle-même, sur le pouvoir du
langage, une interrogation sur le besoin d’une langue différente, une mise en cause
de la signification de la littérature, entre la révolte et l’ironie. L’écriture rompt les
normes, s’éloigne des références traditionnelles, questionne la lisibilité du littéraire.
La langue éclate à chaque ligne pour intensifier la québécitude, mais en même
temps réfléchit et parle, de manière obsédante et récurrente, sur certains sujets qui
se promènent à travers les romans de Ducharme, comme la ville et les
transformations sociales, les différents espaces affectifs, la perte de valeur du
patrimoine littéraire et culturel, la désacralisation de modèles et d’influences
traditionnels.
Le joual, cette langue française du Québec, est devenue à partir de la Révolution
tranquille, le symbole de l’identité du peuple québécois, l’emblème de son statut et
de sa condition dans un pays, même dans un continent, majoritairement
anglophone. Mais cette question est, à l’heure actuelle, de l’histoire ancienne. Il
n’est pas étonnant dans ce sens qu’une des principales préoccupations de tout
Québécois soit justement la survivance du français. Sans doute l’anglais restera la
principale langue internationale de communication et d’affaires au Canada, mais
sans l’existence d’une forte minorité francophone, le Canada ne serait pas une
fédération et il n’y aurait pas d’État et de gouvernement du Québec. Grâce aux
grandes décisions politiques et aux efforts économiques d’incidence linguistique, et
grâce aussi à la lutte revendicatrice des écrivains et des artistes, la langue française
au Québec réussit à assurer sa présence dans un bilinguisme stable au Canada. Le
lent cheminement des Franco-Canadiens, dits Québécois, a conduit vers une
maturité linguistique, vers une autonomie où la langue a un nouveau visage, un
mélange entre les anciennes origines et la modernité. Dans sa Défense et illustration
de la langue québécoise, Michèle Lalonde signale que :
Par Langue Québecoyse, je n’entends pas autre chose que la Langue Françoyse elle-même, telle
qu’elle s’est tout naturellement déterminée en Nouveau Monde, à cent mille lieux de la Mèrepatrie
mais sans horrible complexe d’OEdipe, empruntant au besoin tantôt un mot indien, tantôt un
terme anglais mais non pas cinquante mille (Lalonde, 1980 :19).
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Cette singulière et curieuse langue française est devenue l’instrument
sociologique premier d’un nouveau pays, ni américain, ni français, québécois. La
littérature québécoise est une littérature moderne, qui parle français, mais il s’agit
d’un français singulier, et qui exprime autrement l’Amérique. Car l’Amérique
structure pareillement le texte québécois contemporain. Jacques Godbout dans Une
histoire américaine ou dans Les Têtes à Papineau a bien défini la coexistence de
ces deus cultures, l’anglaise et la française, l’européenne et l’américaine.
Également, Jacques Poulin, dans Volkswagen Blues offre aussi une excellente
illustration de ce métissage spatial, historique et aussi culturel et littéraire. D’autre
part, les questions de l’identité, la langue et l’autre ont été transformées et déplacées
par la littérature migrante, par l’importante présence d’une littérature produite par
des écrivains venus d’ailleurs qui ont choisi le Québec et la langue française comme
langue et lieu de création. La littérature migrante, transculturelle et interculturelle, a
contribué à enrichir et à redéfinir la littérature québécoise elle-même : “Quelle
angoisse certains après-midi –Québecité– québecitude– je suis autre. Je
n’appartiens pas à ce Nous si fréquemment utilisé ici– Nous-autres– Vous-autres”
(Robin, 1993 : 54).
Cette entreprise envisagée dans la Révolution tranquille avec un travail sur le
langage, le refus de reproduction de modèles hérités et la conquête d’une langue
propre et différente a servi à reformuler et réécrire l’histoire et l’espace national.
Mais la modernité s’exprime aussi thématiquement. Et si l’on cherche un thème
récurrent dans les lettres canadiennes en langue française à partir des années 60,
celui du “pays” apparaît de manière obsessionnelle: “tout écrivain québécois parle
en définitive du pays… cette fatalité du pays pèse indistinctement sur tous”
(Laroche, 1970 : 99). Un bon exemple à ce propos est Jacques Ferron qui intitule en
1962 son recueil, Contes du pays incertain; il veut souligner la
situation certaine d’un pays qui vient d’être remodelé, offrant ainsi une définition
de la littérature québécoise : “par le biais du théâtre [aussi], Ferron ne fait que
poursuivre l’effort qu’il mène dans le conte : rendre le pays certain. Le conte est le
genre inaugural, celui de la naissance d’un peuple. Le théâtre par contre c’est celui
de sa maturité. Un peuple ne peut se donner en spectacle à lui-même s’il est encore
en quête de son identité” (Laroche, 1970 :176). Dans ce sens, Laurent Mailhot va
définir l’écriture de Ferron comme “l’écriture certaine d’un pays incertain”, à
l’image même du parcours de la littérature du Québec (Mailhot, 1971 : 202). La
mythologie ferronienne des origines est profondément structurée autour d’un
brouillage des origines : le métissage, l’expression de l’altérité, la reconnaissance de
l’interaction et de la contamination réciproque des cultures en contact restent des
éléments récurrents. Depuis l’édition intégrale des Contes (1968), les sous-titres,
Contes anglais et Contes du pays incertain forment un couple inséparable, comme
si Ferron voulait neutraliser l’influence française par l’influence anglaise.
L’idéologie du pays réaménage la littérature, une littérature qui se fait, qui se
modernise, toujours entre la parole et le silence, entre la prise de conscience de la
réalité et l’aliénation : “Comprendre la littérature, pour nous, c’est la comprendre
aujourd’hui et ici : c’est aider le Québec à s’approprier l’entier domaine de la
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culture d’expression française : c’est faire sa littérature” (Vachon, 1970 : 6).
Comment faire alors pour que l’espace français soit autre chose qu’un espace
d’exil ? Par le chemin de la langue : “c’est un français ancien qui revient à la
surface, qui aboutit au français” (Ferron et L’Hérault, 1997 : 149).
À cet égard, la poésie est un des genres littéraires où la thématique du pays va se
révéler avec une grande force, surtout à partir des années 60, tout d’abord par les
éditions de l’Héxagone et de Parti pris. Laroche signale à ce propos que “tout
écrivain québécois parle en définitive du pays, en poésie autant sinon plus
qu’ailleurs ” (Laroche, 1970 : 99). Également, Gille Marcotte considère que le pays
émerge et détermine l’évolution littéraire québécoise : “Si l’on cherche un thème
qui puisse faire l’unité de la poésie canadienne-française, depuis une vingtaine
d’années, celui du pays s’impose” (Marcotte, 1971 : 11). L’écriture de nombre de
poètes de l’époque s’émancipe des préoccupations subjectives ou métaphysiques
pour expérimenter et communiquer l’espace québécois. À ce propos on pourrait
citer les expressions poétiques de Miron, Giguère, Lapointe, Chamberland, Hénault,
Grandbois, Brault, Ouellette (Alfaro, 2001 : 257-266). Miron manifeste, par
exemple, son désir de fonder une poésie implantée dans le pays : il a toujours
combattu pour la langue et l’avenir du Québec. La montée du mouvement
nationaliste offre une chaire à la poésie du pays. Ce thème est bien sûr marqué et
idéologisé, mais il est aussi fétiche, un espace rêvé et poétisé. Le langage poétique
réinvente une réalité, l’espace d’un pays : “Je suis sur la place publique avec les
miens/la poésie n’a pas à rougir de moi/ j’ai su qu’une espérance soulevait ce
monde jusqu’ici ” (Miron, 1993 :100). La littérature québécoise tient ainsi, encore
une fois, à la tradition et à la modernité, à la continuité et à la rupture : c’est la
réunion de la conscience d’un pays (idéologiquement présent dans le terroir) et de
son expression subjective par une progressive acquisition de la parole. Elle est
l’écho de la reconnaissance d’une lutte, d’un processus, d’une évolution. Le thème
du pays découvert et imaginé, sert aussi à illustrer la transformation, voire
l’évolution de la littérature. Et dans ce sens on ne peut aborder la question de la
réalité et de la littérature du Québec sans faire référence à l’intervention de la
critique et de l’essai littéraires. Car l’avènement de la littérature québécoise
s’appuie non seulement sur des textes, des pièces de théâtre, des romans et des
poèmes, mais aussi sur un discours critique qui réoriente les textes du passé pour
trouver dans le présent la compréhension d’une réalité et une cohérence inédite.
Plusieurs auteurs réfléchissent sur leur travail ; les Universités et les revues, lieux
de la formalisation institutionnelle d’un discours savant, collaborent à la
composition d’un espace critique national. Le discours critique, parallèlement au
discours littéraire, a reconnu l’évolution de la littérature au Québec en rapport avec
la notion du pays avec deux systèmes de définition, le canadien-français et le
québécois. Des revues comme Études françaises ou Voix et images du pays ont
définit ces concepts, en fonction de la langue, de l’identité et de la réalité décrite, en
tant que projet nationale utopique profondément imbriqué dans l’imaginaire et dans
l’histoire. La littérature québécoise relève d’une tradition et d’une innovation, de
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l’écriture et de la lecture ; elle trouve son existence dans les différentes voix qui la
nomment:
Il faut surtout, à travers [les oeuvres autochtones], redonner aux Québécois le sentiment que,
depuis trois siècles, les hommes d’ici ont vécu en français, ont exprimé en français leur expérience
de la vie en terre d’Amérique ; en un mot, constituer de toutes pièces ce dont le Québec
d’aujourd’hui manque le plus : une tradition de culture. L’avenir, le présent même ne se possèdent,
ne s’inventent que sur la base solide d’une continuité, d’une tradition (Vachon, 1968 : 250).
La conclusion de cet article se contentera d’être partielle, car il manque l’analyse
exhaustive d’un corpus qui puisse envelopper l’intégralité du phénomène. Nous
avons voulu poser la question des origines, l’orientation et l’évolution de la
littérature française au Canada comme un projet littéraire inévitablement soumis à
la définition nationale et à la question linguistique. Cette littérature a ses
fondements dans l’explication de sa québécitude, de son identité, de sa spécificité.
Avec la Révolution tranquille il se produit une sorte de re-naissance de la littérature
au Québec, qui cesse d’être francophone d’Amérique ou canadienne française, pour
devenir québécoise. Cette littérature offre, aussi bien dans ses oeuvres de création
que dans ses discours critiques, une image spéculaire du projet national. Le trajet de
la société et la nouvelle valeur accordée à la réalité a largement influencé
l’imaginaire et le projet littéraire. Cette écriture et toutes ses transformations par la
langue, les thèmes, les images, illustre de manière cohérente l’évolution d’un pays
vers la modernité. La Révolution tranquille ne change pas la réalité, seulement
laisse entendre une parole qui la nomme autrement. La littérature québécoise a
conquis sa légitimité historique, son autonomie, son hétérogénéité, son universalité
aussi. Elle est extrêmement vivante, en ébullition. Pierre Nepveu annonçait il y a
quelques années l’avènement d’une littérature non seulement postmoderne, mais
aussi post-québécoise (Nepveu, 1988 : 14). La thématique régionaliste, nationaliste,
identitaire, est devenue générale, universelle, traduisible ailleurs. L’écart entre la
langue française est la langue québécoise est maintenant plus faible. La littérature
québécoise, dans ces derniers temps, a amorcé un virage vers l’internationalisation.
D’une énorme vitalité, elle reste toujours un sismographe du réel, qui enregistre
toutes les mutations idéologiques, esthétiques et sociales du Québec et préfigure les
grands enjeux d’une société en perpétuelle mutation.
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